Arnauld a demandé des témoignages de personnes atteintes de la SEP. J'avais déja témoigné pour son 1er blog mais je lui ai envoyé un témoignage actuel, la maladie ayant progressée depuis 1 an !
voici ce que je lui ai envoyé :
POURQUOI VIVRE ?
Je vais essayer de vous expliquer par mes propres mots ce que je ressens depuis bientôt DIX ans car la SEP est une
maladie qui, la plupart du temps, ne se voit pas et pourtant elle m’empêche de vivre comme une maman, comme une femme ordinaire….
Savez-vous que c’est la deuxième cause de handicap chez les jeunes adultes après les accidents de la route ? C’est
inimaginable en ce XXIe siècle, et pourtant c’est exact…
Je me pose beaucoup de questions, souvent elles me rongent l’existence !
J’aimerais tant montrer à mes enfants, à mon mari, une maman, une femme dynamique comme il y a dix ou vingt ans….
Où m’entraine cette maladie ?
Je ne veux pas finir comme « un légume » !
Mais je désire vous expliquer mon ressenti tant que mon esprit est encore plein de vie, que ma mémoire n’a pas
totalement disparue, tant que je peux taper sur les touches de mon ordinateur, tant que je peux encore parler, j’ai vraiment eu très peur la semaine du 15 mars 2009 lorsque je ne pouvais plus
parler, que je suis devenue incompréhensible, peur de ne plus pouvoir m’exprimer de vive voix, à même pas 50 ans….
Je veux vous expliquer mes douleurs, mes envies impossibles, ma honte d’être en fauteuil, oui j’ai honte même après six
ans de ce seul moyen de locomotion !
Je voudrais tant retrouver la force dans mes jambes pour partir courir dans les prés, partir m’occuper de mon jardin, me
pencher, sans branler, pour cueillir une fleur, monter l’escalier marche par marche, partir promener mon petit-fils ou avec mes enfants, cuisiner debout et leur refaire mes gâteaux, mes petits
plats que, par manque de force dans les bras, j’ai dû abandonner !
Je ne vous parle pas de mes sensations quasiment disparues de tout mon corps !
Je ne sens plus lorsque je travaille avec mes mains, ce ne sont que des gestes machinaux réalisés inéluctablement depuis
tant d’années !
Mes problèmes urinaires qui s’aggravent et, pour lesquels, le neurologue prévoit dans un proche avenir de me
sonder !
Et la suite que je n’ai pas encore vécue….
Je suis mal dans ce corps que je ne reconnais
plus !
Je suis mal de ne plus pouvoir marcher, courir, rire, m’amuser,
danser…..
Je suis mal dans ma tête, mal dans mon cœur, mal et
vide !
Vide d’envies.
D’envies de plaire, d’envies de rire, d’envies d’être belle et
souriante, d’envies d’être comme avant….
Comme avant quand je riais avec mes enfants, avant quand je
travaillais avec mon mari, avant quand je voyais mes amies, avant quand je sortais lorsque je le souhaitais sans être obligée de demander ...
Je suis mal, d’être mal !
Tant d’efforts rien que pour faire la cuisine alors qu’avant
j’adorais faire de bons petits plats et des gâteaux !
Tant d’efforts pour faire un peu de ménage alors qu’avant
…
Tant d’efforts pour réaliser des repas équilibrés et variés sans pouvoir faire les courses seule alors qu’avant….
Tant d’efforts pour remplir formulaires et suivre les papiers alors qu’avant….
Tant d’efforts pour me laver alors qu’avant…..
Tant d’efforts pour me sortir du lit ou du fauteuil alors
qu’avant….
Tant d’efforts pour penser et écrire alors
qu’avant…
Tant de fatigue pour tout, alors qu’avant….
Tant de regrets de ne plus faire mon jardin de ne plus marcher,
de ne plus danser, de ne plus sourire à la vie….
Mais pourquoi sourirais-je à la vie ?
Elle ne m’a pas épargnée, je n’ai plus envie de lui
sourire….
J’ai la joie d’être devenue une grand mère, mais je ne
serais jamais une grand mère normale, à jouer, à rire, à courir, que sais-je encore….
Je n’ai plus envie de rien….
Je n’ai plus de goût à rien….
J’en ai assez de vivre enfermée entre quatre
murs….
J’en ai assez de rendre malheureux mon mari et mes
enfants….
J’en ai assez de cette saloperie qui me gâche la fin de mes
jours….
J’en ai assez de montrer une image négative…..
Ma place est dans un fauteuil ou dans un lit à broyer du noir
toute la journée….fermée, comme dans une prison, oui une prison « dorée » sans barreaux, mais de toute façon je ne pourrais aller bien loin…..
Cette prison est-elle vraiment dorée ?
Je dirais plutôt « argentée », avec mes regrets et mes
visions d’un futur noirci par la maladie !
Avant j’étais bien avec ma famille, maintenant je ne me sens plus à ma place….
J’ai mal à l’œil depuis plus de neuf ans….
Mal au bras droit depuis sept ans….
Mal à la jambe gauche depuis neuf ans…
Mal depuis six ans d’être en fauteuil….
Mal depuis neuf ans de savoir que j’ai la SEP…
Mal depuis neuf ans de me voir me dégrader un peu plus chaque semaine…
Mal depuis neuf ans de l’indifférence de tous face à la maladie, ou de leur manière d’agir comme si j’étais encore une femme normale et non diminuée par le « monstre qui la
détruit un peu plus chaque jour »…
Mal depuis neuf ans de savoir que personne n’y croit pas, parce que mon mal ne se voit pas….
« Maladie inventive »m’a dit un de mes fils l’autre
midi !
Il m’a fait mal, très mal, mais je n’ai pas répondu, seulement
cette petite phrase reste dans mon esprit, un de mes fils ne me croit pas malade, un de mes fils croit que sa mère fait du cinéma…. !
Mal depuis neuf ans de ne pas pouvoir vivre comme toutes les femmes de la quarantaine….
Mal depuis neuf ans de ne pas pouvoir faire des choses avec mes
filles….
Mal d’être enfermée dans mon coin par honte…
Je souffre de ne pouvoir donner tout ce que je voudrais
donner !
Je souffre que
l’on me voit dans cet état de délabrement…
Je souffre d’être « méchante » par moments, mais c’est
involontaire.
Je souffre de ne pas être une femme et une mère comme
avant.
Croyez-moi, quand vous avez connu les deux solutions, la
première était la meilleure…. (Même avec des problèmes !)
Ma santé est partie et avec elle mon goût de
vivre,
Mon goût de rire,
Mon goût de chanter,
Mon goût de danser,
Mon goût de jardiner,
Mon goût de cuisiner,
Mon goût de faire des bouquets,
Mon goût de vous voir dans vos activités
diverses.
Mon goût, tout simplement mon goût !
J’en ai encore un zeste pour mon petit
soleil !
Mon petit bonhomme, tu es arrivé et tu as éclairé ma
vie !
Merci mes enfants de m’avoir donné la joie d’être grand-mère
« sur roues ! » mais grand-mère quand même !
Et la joie future de le devenir une deuxième fois
bientôt…
Et l’écriture !
Heureusement, elle est venue me délivrer un peu de ma prison
argentée !
Grâce à elle je
revis, doucement !
Elle me procure tant de bonheurs.
Quand les idées surgissent le stylo ou les touches de
l’ordinateur s’affolent et la page blanche se remplie vite d’histoires réelles ou fictives !
J’ai donc commencé mon écriture par mon
autobiographie !
Non, suis-je bête, ce sont les artsgricultrices et notre livre
commun qui m’ont fait aimé l’écriture, en effet j’étais, et je suis toujours, résolument scientifique et à l’époque de mes études je détestais le français ou la philosophie, quoique j’ai toujours
eu un goût prononcé pour la lecture !
Mon premier ouvrage donc, écrit seule comme une grande fille,
mais dans la « clandestinité », ni mari ni enfants n’ont vu que j’écrivais, je le faisais à mes heures perdues lorsque j’étais seule !
D’où l’utilisation de mon nom de jeune fille, de peur que ce
livre ne leur plaise pas !
J’ai d’entrée trouvé son titre. Je voulais faire ressortir les
trois lettres SEP, mon métier d’agricultrice (dont j’ai été, et suis toujours, très fière) et ce que la maladie provoquait en me poursuivant de ses attaques (la pagaille) !
J’avais le besoin d’expliquer mon parcours, qui, il y a trente
ans, n’était pas ordinaire, les jeunes filles de la campagne la désertaient et moi de la ville souhaitait épouser un paysan !
Et puis j’ai continué en écrivant un journal intime, un recueil
de poésies, un roman « Une vie couleur vert pays » sorti en Avril 2008, pré sélectionné pour le prix littéraire handilivres, résultats le 15/10 !
Cinquante ans, c’est l’âge qui nous fait entrer dans la
catégorie séniors, nous ne sommes plus des jeunes mais des vieux !
C’est difficile de se voir vieillir si vite et encore plus
lorsqu’on se retrouve invalide, malade, incapable de faire quoi que ce soit…
C’est difficile de voir sa vie passer à toute vitesse devant vos
yeux…
C’est difficile de voir vos enfants devenir des adultes, et
parents à leur tour…
C’est difficile de vivre la fin de sa vie, plutôt que le début
lorsque vous avez toute la vie pour entreprendre des projets…
C’est difficile de recevoir des reproches de ses propres
enfants, alors qu’on a tout fait pour les élever convenablement…
C’est difficile de vivre dans ce monde moderne, de fous,
d’argent et de non respect de certaines valeurs…
C’est difficile de voir sa campagne, son métier accusés de tous
les mots de la Terre…
L’ennemie
Mon ennemie,
La maladie !
Une seule envie,
La combattre pour exister.
Croire encore en la vie.
Croire encore et aimer.
Ecrire pour oublier.
Ecrire pour se soigner.
Des mots contre des maux.
Des mots profonds.
Des mots ronds.
Des textes aux mille mots.
Des poésies ou des nouvelles.
Des livres pour avoir des ailes.
Ailes de la liberté retrouvée.
Ailes pour m’aider et m’apaiser.
Mon combat reste fort.
Pour me le rappeler, mon fauteuil roulant.
Tous les jours que je vis depuis neuf ans.
Me donnent de la force pour l’effort.
Ma Sclérose En Plaques,
Tu me nargues, insidieuse.
Je te combats, courageuse.
Mon ennemie, tu es devenue.
Jusqu’à la fin de mes jours, bien en vue.
Mon corps s’étale, flasque.
Mais dans ma tête coule une rivière d’espérance,
Et tu tireras peut-être ta révérence !
Toi, ma pire ennemie,
Tu m’accompagneras sans doute, au paradis !
Cendrillon devenue infirme….
Une jeune fille rencontrant son homme dans un bal,
Quoi de plus banal.
Une jeune fille devenue femme, puis mère,
Rien d’extraordinaire.
Une femme de 40 ans bien dans sa tête, bien dans son
corps,
Entourée des siens, et d’un beau décor,
Une vie en or !
Puis un jour un grain de sable vient enrayer la
machine.
Et Cendrillon devient vermine.
Une vermine qui la ronge doucement.
Cendrillon n’est plus, depuis neuf ans.
Le sort du vilain en a décidé ainsi,
Cendrillon restera ternie.
Mais Cendrillon a réagit.
Elle a écrit.
Si elle ne peut plus aller au bal.
Si elle n’est plus une femme normale.
Elle peut encore vivre une autre vie.
Cendrillon combat son ennemie.
Le sort du vilain ne la désarmera pas ainsi.
Elle veut encore croire en son destin !
L
ibre, j’essaye de le rester !
A imante, je le suis depuis trente ans !
U
nique, je le crois comme chaque être humain !
R
aisonnée, je pense l’être !
E crivaine, est mon nouveau passe-temps !
N
aturelle, je l’ai toujours été !
C
réative, je le suis tous les jours de ma courte vie !
E
corchée, je le suis par la maladie, dans mon corps, dans ma
tête
P
aysanne, je le reste dans mon cœur !
O bjective, j’essaye de le rester !
U tile, je le suis encore un peu, pour mes trois hommes !
R apide, je ne le suis plus !
I déaliste, je l’ai toujours été !
E
tonnée, je le suis encore de temps en temps, par de petits
riens !
U biquiste, je l’ai été, avant la maladie !
X énophobe, je ne l’ai jamais été ce n’est pas dans ma nature !
D
roite et honnête, telle a été ma vie !
E
ntourée, je pense l’être…
M aternelle, je crois l’avoir été…
A
gacée, je le suis de temps en temps !
S
olide, je ne le suis plus comme avant et je le regrette…
voila ce que je peux dire au jour d'aujourd'hui ! je suis mal dans
ma peau de malade, la dépression prend le dessus parfois plus que la maladie !
demain je vois le neurologue pour mes mains de plus en plus absentes, engourdies que sais-je encore.... alors je vais passer un électromyogramme, après on verra !
Les 2 poésies notées à la fin du témoignage se trouvent dans mon recueil
"Avec l'encre de mon coeur"
Vous pouvez aussi découvrir la signature que j'utilise très souvent à la fin de mes ouvrages (forme acrostiche appelle-t-on cela !)
je vous dis à bientôt
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